Situation de l’association SOLFA, les inquiétudes persistent

Monsieur le Maire,
Chèr.es collègues,

Si nous intervenons ce soir sur cette délibération, c’est pour parler, à nouveau, d’une association dont la situation actuelle nous inquiète beaucoup : il s’agit de SOLFA.

Oui, j’interviens encore ce soir sur SOLFA.

Madame LECHNER,
Nous avons bien reçu votre réponse à notre courrier et nous vous en remercions.
Cependant, des questions demeurent vis-à-vis de la délibération que nous votons ce soir et de l’avenir de certaines missions de SOLFA.

En effet, à la lecture de cette délibération, plusieurs éléments nous ont étonné·es et nous interrogent une nouvelle fois, sur la prise en compte réelle par la Ville de Lille de la situation de SOLFA.

Dans cette délibération, il est indiqué que l’association délivrera notamment des séances de prévention au sein des établissements de 1er degré, de collèges et lycées. Or, l’une des conséquences de la sortie sèche de SOLFA de la Fédération Nationale Solidarité Femmes (la FN SF), est la perte de l’agrément de l’éducation nationale, agrément permettant la réalisation de ces séances de prévention.

SOLFA ne pourra plus, par le service Brunehaut Enfant, financé en partie par la Ville, réaliser des séances de prévention dans nos écoles.

Aussi, comment peut-on affirmer dans cette délibération que ces séances auront bel et bien lieu ?

Madame LECHNER,
Dans votre réponse à notre courrier, vous nous dites que la radiation de SOLFA de la FNSF, je cite : “n’a pas d’impact direct, pour l’instant, sur l’accompagnement et l’orientation des victimes de violences.”

Et c’est bien ce “pour l’instant” qui nous inquiète.

Autre élément qui nous interroge, toujours dans cette délibération.

Il est indiqué que SOLFA est un service relais du 3919.
Vous nous dites dans votre courrier qu’il n’y a pas de rupture de la ligne avec SOLFA.
Comment vous en êtes-vous assurée ?
Rappelons ici que le 3919 n’est pas un numéro national mais un service créé et appartenant de façon à part entière à la Fédération Nationale Solidarité Femmes.
Si SOLFA ne répond plus aux exigences de la Fédération, ce qui est le cas, il n’y aura plus de relais du 3919.
Ce relais se fera vers d’autres structures : mais lesquelles ? Lesquelles sur le territoire du Nord ? Lesquelles sur le territoire de la Métropole Européenne de Lille ?
Des structures, certes, mais qui n’auront pas les mêmes spécificités qu’avait SOLFA.

Autre signal inquiétant : dans les offres d’emploi de SOLFA publiées sur le net, les mots “femmes et enfants en situation précaire et vulnérable” remplacent les mots “femmes victimes de violence”.

Vulnérable.

Là encore, un changement de paradigme atterrant : vulnérable est bien la conséquence des violences, et en aucun cas, un préalable aux violences.

C’est terrible de lire ça ; on est plus “simplement” sur la critique du féminisme et du militantisme là ; ce que j’évoquais en décembre dernier. On monte encore d’un cran ! Ces faits ne sont pas anodins et sont le fruit d’un mouvement plus large dans notre société qui commence aussi à toucher directement les écoutantes du 3919. En effet, de plus en plus d’hommes malveillants et masculinistes appellent le numéro d’écoute afin de saturer la ligne et / ou insulter les écoutantes. L’intrusion lente mais certaine des idées masculinistes dans nos associations, dans notre société, doit être combattue avec force, et dès maintenant.

Enfin, je voulais aussi vous partager, ce soir une histoire ; l’histoire d’une femme victime de violence qu’on appellera Claire.

Claire me racontait que grâce à SOLFA, elle a pu fuir son domicile familial avec son enfant alors âgé de moins de 5 ans, trouver refuge et sauver leur peau.

C’était il y a plus de 10 ans. Claire va bien mais s’inquiète :
• pour les salarié.es de SOLFA bien-sûr qui sont nombreuses et nombreux à souffrir de ce changement de cap de l’association.
• Et bien-sûr, Claire s’inquiète pour toutes ces femmes victimes de violences et dont elle a fait partie.
Elle me disait : « un simple grain de sable, si petit soit-il, peut faire retarder la prise de décision de partir.».

C’est le 3919 qui a pu l’accueillir, l’écouter et l’orienter.

Grâce à Solfa, Claire a pu prendre cette décision : partir.

Monsieur le Maire,
Toutes ces interrogations découlent d’une inquiétude sincère quant à l’accueil et au suivi des femmes et enfants victimes de violences.

Et nous ne pouvons formuler ces interrogations ce soir, sans penser aux deux jeunes femmes de 25 et 34 ans tuées par leurs compagnons à Lille les 24 et 28 décembre derniers.

Et la situation difficile dans laquelle se trouve la plus importante association d’aide aux femmes victimes de violences, sur notre territoire, doit nous alerter au plus haut point.
Il est impératif aujourd’hui, d’avoir une vision claire de la situation réelle de SOLFA et ne pas attendre qu’elle s’écroule sur elle-même.

Monsieur le Maire, Madame l’adjointe,
Etes-vous aujourd’hui en capacité de nous exposer clairement la situation de SOLFA?
Quelle a été l’activité de l’association entre janvier et juin 2025 ? Quelle a été l’activité durant le dernier trimestre ?
Pouvez-vous nous dire comment seront prises en charge les missions que l’association ne peut plus effectuer contrairement à ce qui est noté dans cette délibération ?

Je vous remercie.