Intervention de Maël Guiziou sur l’annulation du ROB 2026 et ce conseil exceptionnel
Monsieur le Maire,
Mes chers collègues,
Si nous sommes réunis ce soir à 21 heures, dans cette salle du grand carré, ce n’est ni par nécessité ni par contrainte. C’est le résultat d’un dysfonctionnement, suivi d’un choix assumé.
Le dysfonctionnement, vous le connaissez : le non-respect du délai de 12 jours prévus par le Code général des collectivités territoriales pour la transmission des délibérations budgétaires. Cette erreur, déjà reconnue, vous a contraint à convoquer un nouveau conseil municipal.
Mais l’erreur ne justifie pas tout. Elle n’explique en rien l’horaire tardif de cette séance, inédit dans notre fonctionnement. Tous les conseils municipaux se tiennent habituellement à 17 heures. Ce soir, c’est 21 heures. Pourquoi un horaire tardif, inhabituel ? Pourquoi imposer une mobilisation en soirée des agents municipaux, sans justification liée au fonctionnement normal de la collectivité ?
La réponse est malheureusement connue. Ce soir, à 18 heures, Monsieur le Maire, vous aviez une réunion de campagne pour les élections municipales. Plutôt que de modifier votre rendez-vous partisan, vous avez choisi de convoquer le conseil municipal d’abord en plein après midi, ce qui est impossible quand on a si peut de temps pour s’organiser, puis en soirée. Ce choix est inacceptable. Il fait passer votre agenda électoral avant l’intérêt général, avant le respect du travail des élus, avant celui des agents municipaux mobilisés en soirée sans raison valable. Ce choix pose un problème de fond. Il traduit une confusion regrettable entre l’exercice d’un mandat républicain et des intérêts politiques personnels. Le conseil municipal doit servir l’intérêt général et le bon fonctionnement de notre collectivité, non s’adapter à l’agenda électoral de l’exécutif. Nous ne pouvons pas l’accepter. C’est cette dérive que nous dénonçons ce soir, avec gravité et responsabilité.
Concernant le budget,
Vous conviendrez qu’il est difficile de prononcer une nouvelle intervention sur la situation budgétaire de la Ville deux semaines après le débat sur le ROB, surtout avec une situation et un document qui n’ont bougé qu’à la marge. Ne m’en voulez pas si je commets quelques répétitions.
Je pourrais d’ailleurs reprendre presque mot pour mot mon propos de la dernière fois sur le contexte budgétaire national dans lequel nous sommes. Si le PLFSS a été adopté à l’Assemblée, il doit encore faire la navette Sénat-Assemblée, et cela ne présage absolument pas du vote final sur le PLF. Le budget primitif 2026 que vous nous présentez ce soir reste un budget d’intention.
Je vais me concentrer sur l’élément essentiel de ce budget : l’allongement de la durée de vie de la dette. Comme dans le ROB 2026, le BP 2026 prévoit une durée de vie de la dette de 10 ans fin 2026. Je ne vais pas revenir en détail sur les causes, je l’ai fait dans mon intervention sur le ROB, rappelons simplement que la stratégie qui a été la vôtre de se désendetter pendant que les taux directeurs étaient au plus bas (voire nuls) et de se réendetter en fin de mandat, alors que les taux avaient fortement augmenté était une stratégie douteuse… Ce qu’il faut retenir, c’est que nos marges de manœuvre s’amenuisent, et que, de fait, vous avez contraint l’exercice de la prochaine majorité. Dorénavant, les exercices budgétaires vont être beaucoup plus difficile, avec des épargnes proches de zéro, comme c’est prévu dans ce BP 2026.
Il est difficile d’assurer la qualité du service public dans cette situation. Comment soutenir par exemple les associations dans ce contexte ? Dans ce BP, l’enveloppe qui leur est allouée augmente d’un peu plus de 150 000 euros. Bien moins que le cumul de l’inflation non compensée qu’elles subissent depuis des années, ce qui ne permet pas de préserver leurs moyens. Comment prendre soin de nos agents alors que la masse salariale augmente et qu’elle représente plus de 60 % de nos dépenses de fonctionnement ? Comment continuer les investissements pour adapter la ville une fois que nous aurons atteint le seuil d’alerte d’endettement, c’est-à-dire une durée de vie de la dette de 12 ans ? Parce que si des aménagements, d’ailleurs bien tardifs, sont en train de sortir de terre dans le centre-ville, beaucoup reste à faire pour construire la ville de demain.
Deux évidences découlent de ce constat.
Première évidence : il est inconcevable, dans ce contexte, de s’opposer à de nouvelles recettes. Même avec une base fiscale amoindrie, l’augmentation de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires que nous avons proposée est une nécessité. Impossible de s’en passer, d’autant plus qu’il s’agirait là d’une augmentation de recettes fiscales socialement juste. Je veux rassurer les Lillois qui nous écoutent, le budget 2026 évoluera après les élections municipales via avec un budget modificatif.
Deuxième évidence : nous devons nous assurer que l’argent public soit efficacement dépensé. Je suis revenu dans mon intervention sur le ROB sur un aménagement mal conçu, la rue de Solférino, qui devra être revu d’ici quelques années, alors que le goudron est à peine sec. Concevoir des aménagements mal calibrés n’est pas une fatalité. Tant que les habitantes et les habitants, les associations, bref les experts d’usage de la ville, n’auront pas leur mot à dire dans la conception des aménagements publics, des problématiques comme celles-ci se reproduiront. C’est d’un changement de méthode dans la conception de l’espace public dont nous avons besoin, dans un souci de démocratie, mais aussi de rigueur budgétaire.
Ce budget ne comprenant ni majoration de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, ni volonté de faire évoluer la conception des aménagements publics, nous voterons contre celui-ci.
Je vous remercie pour votre attention.