Intervention de Maël GUIZIOU sur le ROB 2026
Monsieur le Maire, mes chères/chers collègues,
Nous commençons malheureusement à y être habitués, le Rapport d’orientations budgétaires ne livre plus aux conseillers municipaux que des orientations succinctes en attendant le vote du Projet de loi de finances de l’État. Projet de loi de finances qui remettra peut-être totalement en cause les choix inscrits dans ce ROB… Cette séquence ne représente plus qu’un interlude avant le vote du budget, prévu dans 3 semaines, sans certitude que le PLF soit adopté d’ici là.
La seule certitude : ce budget 2026 de l’État sera un budget d’austérité, et les politiques publiques de proximité, de justice sociale, et de transition écologique en sortiront perdantes. Avec un effort demandé aux collectivités allant de 4 à 8 milliards selon les chiffrages, comment continuer à investir pour les villes de demain ? Avec un rabottage du Fonds vert, comment adapter, comment préparer nos villes ? Car ce sont les collectivités qui portent ces transformations, il ne faut pas s’y tromper.
Sachant cela, on peut s’étonner que les députés socialistes, les députés de votre parti, Monsieur le Maire, n’aient pas voté la censure de ce gouvernement. Quand le gouvernement Barnier avait demandé 5 milliards d’efforts aux collectivités il y a un an, les députés socialistes avaient décidé de s’opposer à ce budget de l’État, jugé intolérable pour les collectivités qui assurent le service public au quotidien. Quelle différence avec le PLF d’aujourd’hui ?
Nous l’avons dit l’année dernière et nous le redisons, en l’état, le ROB n’est donc qu’un document d’intention, de ce fait difficile à commenter. Je m’y astreindrai néanmoins.
Comme depuis 2023, vous avez fait le choix de relever les dépenses d’investissement en réendettant la Ville, après une longue période de désendettement. Mieux vaut tard que jamais, même s’il aurait été préférable d’emprunter en début de mandat, quand les taux étaient historiquement bas. Avec une durée de vie de la dette qui avoisinera les 10 ans fin 2026, les marges de manœuvre financières s’amenuisent, et les choix de la prochaine majorité s’en retrouveront contraints.
La situation ne pourra pas durer ainsi éternellement. Depuis combien d’exercices l’épargne nette est-elle proche de zéro, comme c’est le cas encore une fois dans celui-ci ? Vous prévoyez des recettes de fonctionnement en baisse en 2026. Si nous voulons poursuivre les investissements, nous n’aurons pas d’autre choix que d’avoir encore recours à l’emprunt. Vous avez refusé des recettes que nous vous avons proposées à plusieurs reprises, comme la majoration de la THRS, nous ne pouvons que le regretter amèrement aujourd’hui, alors que son potentiel de recettes a chuté en 2025.
Ce manque de recettes nous empêche de soutenir nos partenaires associatifs qui traversent une crise particulièrement grave. A l’image de la manifestation « Ça ne tient plus » organisée il y a quelques semaines. Une nouvelle fois, le soutien de la Ville de Lille aux associations est maintenu à l’euro près, « sauf contraintes financières imposées par l’État », peut-on lire dans le ROB. Nous ne sommes donc même pas sûrs que ce maintien ait lieu. Maintenir le soutien aux associations est pourtant une nécessité, elles qui sont un amortisseur social indispensable. Une reconduction à l’euro près revient déjà à une baisse du soutien accordé dans la mesure où l’inflation n’est pas compensée, et les associations la subissent de plein fouet depuis des années, comme les Lilloises et les Lillois.
Notons pour terminer que dans ce contexte tout particulièrement, la réflexion autour des projets d’aménagement doit se faire avec en tête l’ambition de répondre aux enjeux des décennies à venir. Constater, dans ce contexte budgétaire difficile, que sortent de terre des projets qui viennent créer des conflits d’usage entre piétons et cyclistes comme c’est le cas pour le réaménagement de la rue Solférino est tout simplement incompréhensible. Plusieurs accidents ont déjà été signalés sur cet axe pourtant flambant neuf, pour lequel des mauvaises décisions d’aménagement ont été prises, en dépit de nos alertes.
Et les conflits d’usage ne vont faire que se renforcer les années passant puisque le nombre de cyclistes augmente chaque année. Investir plusieurs millions d’euros dans un projet mal calibré en ne tenant pas compte des objectifs de part modale vélo portés par ailleurs, c’est gaspiller de l’argent public. Ce manque de vision rendra nécessaire de nouveaux travaux sur cette artère dans les prochaines années. A moins que vous ne décidiez de répondre à ce problème en prenant un nouvel arrêté cyclistes pied à terre…
Je vous remercie pour votre attention.