Quelle politique lilloise pour les scènes de musiques actuelles ?

Intervention de Nathalie Sedou sur la politique lilloise pour les scènes de musiques actuelles

Chers collègues,

La scène musicale lilloise a connu beaucoup de remous dans les derniers mois ; cela mérite qu’on s’y attarde ce soir. Tant pour les personnels de ces lieux qui en subissent les conséquences, que pour les services de la Ville qui font face à une surcharge de procédures que pour les publics de ces lieux.

A priori il n’y a pas grand-chose de commun entre le Théâtre Sébastopol avec ses 1300 places assises, le bistrot Saint-So pouvant accueillir 800 personnes debout et La Malterie avec sa salle plus intimiste : 120 personnes debout, 90 assises. Ces lieux partagent toutefois leur but de diffuser des musiques actuelles. Très diversement les uns des autres, c’est important de le souligner, j’y reviendrai.

Ce qui nous occupe aussi ce soir c’est que tous ces lieux traversent des difficultés.

  • Pour le théâtre Sébastopol un candidat évincé a saisi par trois fois le tribunal administratif dont la dernière décision empêche le renouvellement de la concession décidé en avril dernier, ce qui donne lieu au second avenant proposé ici.
  • L’exploitant du bistrot Saint So a dû supporter la liquidation judiciaire de la société, prononcée le 24 septembre dernier.
  • La Malterie fait face à une procédure judiciaire du propriétaire des lieux qui a augmenté de 50% le montant du loyer dans le cadre d’un bail précaire. Je vous invite d’ailleurs à signer la pétition de soutien à La Malterie.

Or, la ville de Lille est partie prenante. En effet, le théâtre Sébastopol et le bistrot Saint So sont des lieux lui appartiennent et sont des concessions de gestion et d’exploitation. C’est donc la ville qui établit le cahier des charges avant appel d’offres. Le sort de La Malterie concerne aussi la ville de Lille, par le soutien apporté comme par la convention de partenariat lie le Conservatoire à rayonnement régional de Lille à La Malterie, notamment pour l’accueil d’étudiants de la section jazz pour des jam sessions.

Ce qui frappe surtout dans les trois dossiers c’est la question du modèle économique. Or, à travers les choix qu’elle effectue, la ville a une responsabilité en la matière. Derrière toutes ces fragilités, on cherche la vision politique de cette majorité pour les musiques actuelles, un secteur fortement soumis à la concurrence mondialisée.

Une option serait de se contenter de dire que ces difficultés sont le fait d’erreurs de la part des occupants et programmateurs, ou dans le cas du théâtre Sébastopol d’un candidat mauvais perdant. Pure coïncidence.

Coïncidence peut-être, mais pas que. Et coïncidence signifiante. Lors du conseil municipal d’avril, j’avais déjà eu l’occasion de questionner vos choix qui tendent à exacerber la concurrence. Dans la délibération présentée ce soir pour permettre que la saison du théâtre Sébastopol se tienne, vous ne mentionnez pas le nom du candidat évincé qui a saisi le tribunal. Mais on le trouve facilement, puisque les décisions du tribunal administratif sont publiées sur internet. Il s’agit de la Société S-Pass, plus connue comme Fimalac Entertainment, premier producteur français de spectacles dont la presse a relayé la cession des salles à un groupe leader de l’organisation de salons commerciaux et évènements sportifs. Autant dire que les services juridiques de ces sociétés avides d’augmenter leurs parts de marché sont rompus aux codes des marchés publics. Face à de tels appétits il n’y a pas d’autre choix que d’accorder ses violons, ou plutôt ses guitares.

Pourquoi ces sujets sont connectés ? Eh bien n’oublions pas : les artistes reconnus commencent par se produire sur les petites scènes. De plus les artistes et publics circulent, et cette circulation est indispensable à la vitalité artistique. Il en va de la diversité culturelle comme de la biodiversité : plus un milieu perd ses multiples espèces, plus il se fragilise. Le rôle d’une ville de gauche c’est d’encourager la création, les formes expérimentales, la diffusion des savoirs, les croisements et les rencontres. Lille a donc besoin de préserver ses lieux de répétition, ses espaces de diffusion de taille diverses, y compris confidentiels. Elle a besoin d’être claire et cohérente dans ses intentions quant à ses concessions d’exploitation.

On ne voudrait pas qu’il arrive à la scène musicale lilloise des musiques actuelles ce qui est arrivé à l’exploitation cinématographique lilloise : un phénomène de concentration accrue qui privilégie les grands circuits et leurs actionnaires, au détriment des structures locales et de la diversité artistique. On n’en est pas là mais la vigilance est de mise.

Madame l’adjointe à la culture, quels enseignements tirez-vous de cette séquence globale ? Vous avez affirmé en commission que l’appel d’offres serait relancé cet hiver, si demain la ville de Lille devait reprendre toute la procédure pour renouveler la concession du théâtre Sébastopol, et laisser le choix du concessionnaire à la nouvelle équipe municipale. Avez-vous l’intention de réviser et consolider votre cahier des charges, puisque nous savons tous que cette étape est déterminante ?