Quelle place pour le cinéma dans les subventions à la culture ?

Intervention Nathalie Sedou – Subventions aux opérateurs de la culture et au cinéma

Cette délibération de subventions aux opérateurs culturels a une saveur de petite victoire. Bref rappel historique.

En 2020 nous portions dans notre programme des municipales la nécessité du retour d’un cinéma indépendant à Lille suite à la cession du Majestic et du Métropole au circuit UGC dans la perspective de l’arrivée d’un multiplexe Pathé à Lille Sud, encouragé par Martine Aubry.

Dès décembre 2022, nous vous rappelions cette anomalie complète à être la seule grande ville de France sans lieu indépendant ni action culturelle cinématographique d’envergure. Et nous appelions de nos vœux une politique digne de ce nom.

En 2023 une pétition pour le retour d’un ciné indépendant était portée par un collectif de professionnels, spectatrices et spectateurs, collectif qui a mué en association, que vous proposez de soutenir ce soir.

En 2024, Pathé annule son projet.

Résultat… 1/ vous avez joué contre le commerce indépendant, pour le monopole des multiplexes. 2/ Vous provoqué à la fois un appauvrissement de l’offre de films à Lille et l’augmentation du prix des places. Bref, la berezina…

20 juin 2025 : Lille Cinéphile propose depuis un petit mois des séances spécifiques de cinéma, le dimanche à la Gare Saint Sauveur. Et vous nous soumettez donc une soutien de 20.000€ pour une programmation qui a pour but de préfigurer – je reprends vos propos en commission – la mise en route de séances dites commerciales, c’est-à-dire le retour d’une programmation indépendante de films en première exclusivité à Lille. Enfin ! C’est un satisfecit, cela valait la peine d’insister.

Un satisfecit nimbé de réserves toutefois, car vous initiez en fin de mandat ce que nous proposions de faire résolument il y a 5 ans. Il faudra encore du temps pour retrouver une salle indépendante et identifiée. Et le public cinéphile lillois subit l’héritage du faible soutien chronique de la ville de Lille pour le cinéma, qui n’a jamais été une priorité de vos politiques culturelles.

D’ailleurs, pendant que Lille Cinéphile inaugure le soutien que je viens de mentionner, les Rencontres audiovisuelles voient leur subvention diminuée de 5000€. En commission, vous avez justifié cette baisse au motif que tout le monde doit faire des efforts, mais si on examine les subventions aux opérateurs culturels cette année, cette baisse fait en réalité figure d’exception. De fait, la maigre enveloppe du soutien de la ville aux acteurs du cinéma et l’audiovisuel ne bouge pas, y compris ce soir. Elle a oscillé durant tout le mandat entre 120 et 140000€. Ce montant représente 1,3% des subventions aux opérateurs culturels. Je n’ose rapporter cette part au budget total de la culture à Lille, car cela devient absolument dérisoire.

Que la ville ait consacré si peu d’intérêt et de moyens au cinéma depuis tant d’années est un mystère, un choix politique non assumé. On parle pourtant d’un moyen d’expression majeur né avec le 20e siècle. Tout le monde regarde des films. C’est la première occasion de sortie culturelle autonome pour les jeunes qui sortent du cocon familial, une expérience collective très singulière. C’est toute la diversité du monde et des regards qui vient s’afficher sur grand écran, pourvu que cette expérience ne soit pas confiée au seul marché.

A une époque de vitupérations télévisuelles constantes, de cyber-harcèlement, de questionnement et confusions sur le vrai et le faux augmenté par l’IA, une politique publique autour des images et du cinéma, ce n’est pas du luxe, mais un maillon essentiel pour stimuler le goût des histoires, la culture visuelle, la curiosité, l’empathie, dont nous avons tant besoin dans ce monde en fureur.

Bien sûr, nous voterons cette délibération, car elle porte en germe ce que nous préconisons depuis des années, et que nous nous attacherons à poursuivre avec vigueur et conviction. Longue vie au cinéma.