Intervention de Maël Guiziou sur le rapport de la Chambre régionale des comptes concernant l’éducation à Lille
Monsieur le Maire, mes chères/chers collègues,
Ce rapport de la Chambre régionale des comptes est un document rare et très intéressant, qui permet une étude approfondie des politiques éducatives menées par la Ville de Lille et par l’éducation nationale, sur la base d’indicateurs précis. Vous l’avez expliqué dans votre présentation, madame la première adjointe, il y a des écarts entre les indicateurs de l’Etat et ceux de la Ville, cependant leur publication autorise certaines comparaisons qu’il était plus difficile de faire auparavant, surtout pour les élus d’opposition que nous sommes aujourd’hui.
Un document très intéressant, donc, sur le fond comme sur la forme. J’en profite pour remercier et saluer le service éducation pour ce travail de qualité, d’autant plus maintenant que nous savons dans quelles conditions ces données ont été produites, en plein été, bousculant ainsi les plans de nos agentes et agents, qui ont une nouvelle fois prouvé leur engagement profond envers le service public.
Comme vous, je ne commenterai pas les plus de 70 pages de ce rapport global sur l’éducation, qui de toute façon servira bien après le débat de ce soir, mais je m’attarderai sur quelques points éloquents.
Nous l’avons répété à de nombreuses reprises au cours de ce mandat, mais je me permettrai de le rappeler une nouvelle fois, nous nous voulons une opposition constructive. Nous avons fait part au sein de ce conseil de nos désaccords, c’était nécessaire, c’est même l’expression d’une démocratie saine, et nous continuerons de le faire. Nous avons également souligné les politiques qui allaient dans le bon sens, et je le ferai à nouveau ce soir, concernant l’éducation.
A la lecture du rapport, il ressort que de nombreux indicateurs sont positifs. La diminution du nombre d’enfants par classe alors que la démographie est en baisse, la progression de la part du bio et du local dans les cantines scolaires, la faible participation des familles aux coûts générés par les repas, la montée en puissance des rues scolaires, la gratuité des fournitures scolaires, ou encore la débitumisation des cours d’école. Il faut souligner ces dispositifs qui fonctionnent, et qui doivent être poursuivis, voire pour certains massifiés. Nous vous avons fait part de notre volonté d’aller plus loin : sur la diminution du coût des repas pour les familles qui en ont le plus besoin, sur l’atteinte du 100% bio et local au plus vite, et nous vous avons fait part de notre volonté de revoir certains projets, comme lorsque nous nous sommes montrés réticents à l’installation de l’école Moulin Pergaud rue Abélard. Mais, il faut le dire, dans l’ensemble la situation est bonne.
Vous insistez régulièrement sur le travail mené par votre majorité depuis plusieurs années lorsqu’il s’agit d’expliquer pourquoi tel ou tel dispositif fonctionne, vous arrangeant parfois avec des situations en réalité plus contrastées. Permettez-moi de me livrer également à cet exercice. A contrario de la formule maintes fois répétées ici selon laquelle les écologistes lillois n’auraient rien fait lors des mandats précédents, et que rien ne leur aurait été refusé au moment des arbitrages, formule dont vous avez usé à la fois dans l’enceinte de ce conseil municipal et dans la presse, a contrario, donc, à la lecture de ce rapport, je me félicite du travail réalisé par certains de nos prédécesseurs lors des mandats précédents, qui a permis les résultats actuels.
J’en veux pour preuve, et la chambre régionale des comptes en veut également pour preuve, puisque ces éléments figurent noir sur blanc dans le rapport, le lancement de la cuisine centrale en 2016, pendant le mandat de Michel Ifri, conseiller municipal écologiste délégué à la restauration scolaire, et l’instauration de 2 menus végétariens par semaine dès 2018, soit 50% des repas en semaine scolaire, ce qui a permis la réduction de 650 tonnes de CO² par an. Citons également le titre honoriphique, l’écharpe « cantine verte » reçu par Greenpeace en 2019. Et, sans aucun doute, les résultats actuels en matière de bio dans les assiettes sont également imputables à son travail autour de la rédaction des marchés au mandat précédent.
Je pourrais également citer le travail de Marc Santré, adjoint au maire en charge des mobilités pendant le mandat 2001-2008, qui a lancé la réflexion autour des rues scolaires avec l’expérimentation rue Bohin, à Fives, en 2003.
J’en viens au seul point noir de ce rapport, qui n’est pas imputable à la Ville de Lille, la captation par les écoles privées de ressources financières publiques sans amélioration de la prise en charge des enfants lillois. Parce que c’est de cela qu’il s’agit. Si les dotations de fonctionnement allouées aux écoles privées lilloises ont augmenté, c’est parce que les frais de fonctionnement des écoles publiques lilloises ont augmenté à la suite de la mise en place de la gratuité des fournitures scolaires. Fournitures scolaires qui ne sont pas gratuites dans toutes les écoles privées lilloises. Ces augmentations de recettes du privé doivent bénéficier aux usagères et usagers, c’est une condition indispensable. Nous lisons dans le rapport que la Ville a lancé des discussions avec les écoles en question pour une mise en œuvre du dispositif à la rentrée 2025/2026. C’est essentiel. Il faudra que cette mise en œuvre soit vérifiée et contrôlée, et nous souhaitons être tenus informés de son effectivité.
Pour conclure, laissez-moi m’étonner d’un point : la baisse de la pratique sportive pendant les temps périscolaires. Entre 2019 et 2023 : les enfants lillois ont perdu environ 1600 heures de sport sur les temps périscolaires, pointe la CRC. Les justifications de la Ville, dans le reste du rapport très détaillées, sont ici relativement floues et brèves. Nous ne doutons pas que dans le cadre du dispositif « Terres de jeux » il y ait eu des activités sportives proposées aux enfants. Mais suffisamment pour compenser la perte d’heures constatée par ailleurs ? Pourquoi ce dispositif n’est-il pas évalué comme le reste, et pourquoi cela ne donne-t-il pas lieu dans ce rapport à un quota horaire effectivement réalisé sur la période étudiée ?
Je vous remercie pour votre attention.