Encore une expulsion sans solution !

Intervention de Jérémie Crepel sur l’expulsion d’un bidonville rue de Bavay

Monsieur le maire, mes cher.es collègues,

Les bras m’en sont tombés quand cette délibération a été posée sur table en commission, presque en catimini : la ville de Lille qui a demandé, avec la SPL Euralille l’expulsion en mai des 90 personnes qui vivent dans le bidonville de la rue de Bavay prévoit dans une délibération technique, froidement, la clé de répartition des coûts du nettoyage du camp, sans autre considération humaine. Ces 90 personnes qui vivent à deux pas de la maison de l’économie sociale et solidaire Stéphane Hessel. Alors comme Stéphane Hessel nous le conseillait dans un de ses derniers ouvrages, je m’indigne.

Je m’indigne parce qu’encore une fois, les Roms et les associations ont appris brutalement cette décision, sans aucune préparation ni concertation.

Je m’indigne parce qu’à Lille, Ville de la solidarité, la première délibération du mandat concernant les populations roms évacue la dimension humaine pour des logiques comptables.

Je m’indigne parce qu’il nous a été dit en commission que sur les 80 personnes présentes sur le site, seules 20 bénéficieront d’un relogement.

Je m’indigne parce que, comme à chaque expulsion, les familles avec des bébés vont probablement se voir proposer 3 nuits d’hôtel puis être purement et simplement remises à la rue.

Je m’indigne parce qu’encore une fois, la scolarisation des enfants, le parcours d’insertion des adultes vont être brutalement interrompus.

Je m’indigne parce que les personnes de la rue de Bavay attendent dans l’angoisse sans connaître la date exacte de leur expulsion, ne pouvant pas correctement s’y préparer.

Je m’indigne parce que ce que vous appelez des déchets, pour une partie, ce sera leurs caravanes – qui ne peuvent plus rouler sur la voie publique – et les effets personnels qu’ils n’auront pas pu emmener, dans la précipitation d’une expulsion au petit matin.

Je m’indigne parce que nous ne respectons pas la directive interministérielle de 2018 sur la résorption des bidonvilles, qui prévoit le relogement des publics, et leur accompagnement, dans une stratégie d’amélioration durable des conditions de vie.

Je m’indigne en pensant à tout ce que nous pourrions faire pour eux ou pour d’autres avec ces 250 000 euros (la part de la ville de Lille) pour ramasser des déchets – dont une partie datent d’avant l’installation de ce camp – et l’autre partie ne serait pas là si la Mel avait fait son travail en installant des bennes et ramassant les déchet, ce que nous avons demandé à plusieurs reprises en conseil Mel.

Je m’indigne parce qu’en même temps, on va expulser les Roms de la rue Hegel à Lomme, dont une grande partie viennent de l’évacuation de celui des Pyramides à Lille, ce qui montre que nous poursuivons une politique de Shadoks à l’égard d’une population qui tente simplement de trouver un refuge en France face à la haine qu’ils subissent dans leur pays d’origine.

Je m’indigne, parce qu’il n’y a toujours pas de plan de résorption des bidonvilles dans le Nord ni dans la Mel.

Mes chers collègues, vous qui pour la plupart êtes de tradition communiste, socialiste, humaniste, indignez-vous ! Indignez-Vous vous aussi ! Vous ne pouvez pas voter cette délibération sans exiger une solution pour chacune des personnes vivant dans ce bidonville.

Alors même si le projet porté sur le terrain est positif, même si le nettoyage du terrain est nécessaire. Pas comme ça ! Pas comme ça ! Nous nous abstiendrons sur cette délibération qui n’est tout simplement pas à la hauteur de ce que doivent porter les pouvoirs publics en termes de résorption efficace des bidonvilles.