Intervention de Xavier Bonnet sur la situation des marchés lillois
Monsieur le Maire, Monsieur l’Adjoint, Mesdames et Messieurs.
Vous êtes quelques-uns à connaître mon intérêt au bon fonctionnement des marchés lillois. Un attachement sincère et ancien qui me fait franchement regretter leur lente et régulière dégradation.
Même si nous nous apprêtons à voter une délibération en faveur d’animations, même si une vidéo diffusée par la Voix du Nord, montre l’attrait toujours réel du marché de Wazemmes, même si le magazine de la ville déploie trois pages à la gloire des marchés lillois, force est de constater qu’aujourd’hui nous ne pourrions plus prétendre à être le marché préféré des Français.
Cette Distinction nous l’avions obtenue, en 2016 en compétition avec les autres marchés de France.
Mais aujourd’hui, nos marchés lillois font face à une série de défis qui méritent une attention urgente et une prise de décision rapide.
Alors permettez moi d’être un peu long.
L’une des premières constatations est la baisse de la diversité commerciale. Ces lieux de convivialité qui sont avant toute chose des pôles de commerce, de première importance pour nos quartiers, ont perdu une partie de leur attractivité. Les étals, autrefois fournis en produits variés et de qualité, ne reflètent plus la diversité et l’authenticité qui faisaient la réputation des marchés lillois. Le manque de renouvellement des commerçants et la concentration des mêmes offres conduisent à une uniformisation qui nuit à l’usage et aux bonheurs des chalands.
Une autre cause s’ajoute à cette dégradation : l’assiduité de quelques commerçants n’est plus là.
Pardonnait l’ancien que je suis, leur présence, fortement influencée par les saisons, se fait de plus en plus aléatoire. En période de conditions climatiques défavorables, leur absence est particulièrement marquée et finalement.. tolérée par la ville. Et ce manque de constance contribue à fragiliser le collectif, réduisant ainsi attrait et dynamisme.
L’organisation sur site a elle aussi souffert de ce déclin. A l’exemple d’allées réduites au minimum en termes de largeur, car occupées par certains commerçants qui profitant de l’absence, récurrente et difficilement compréhensible, des placiers-receveurs, débordent en tous sens, rendant la circulation des clients laborieuse et la visite bien moins agréable.
Ou encore la gestion des déchets, malgré le bienfondé du tri sélectif mis en place et une situation qui s’est améliorée. Mais qui demeure largement préoccupante. Notamment avec les milliers de sacs plastiques et détritus qui continuent de s’envoler au gré du vent, se dispersant dans les quartiers, polluant l’environnement. Ce problème, persistant, témoigne d’un manque de rigueur dans la gestion des déchets et de l’inefficacité de certaines initiatives mises en place.
C’est aussi la négligence, « l’oubli » de consulter l’organisation représentative, lors des aménagements des places et lieux accueillant les marchés de plein air. Les derniers exemples en date, la place du mar-ché Sébastopol et la place Madeleine Caulier du marché de Fives, parmis les principaux pôles d’approvisionnement de la ville en matière alimentaire. Il n’y a pas de doute, ces places méritent d’être restructuré, d’en faire des lieux de vie de qualité, soucieux de l’environnement, mais dans l’écoute et le dialogue avec les commerçants non sédentaires. Penser le mobilier urbain, penser les fosses de plantation avec les commerçants non sédentaires, ce n’est pas y renoncer, c’est juste de les rendre compatibles avec la présence du marché deux fois par semaine.
Je terminerai par un problème qui concerne plus spécifiquement les marchés saturés de Wazemmes, du Concert et Sébastopol avec les dérives constatées dans l’application de l’autre loi Pinel. A savoir la proposition au Maire d’un successeur en cas de cessation d’activité. L’esprit de la loi est aujourd’hui complétement dévoyé sur nos marchés lillois, puisqu’on en est arrivé, dans de trop nombreux cas, à une revente pure et dure du domaine public ! En oubliant les deux principaux critères d’acceptation des dossiers. Qui ceux doivent d’être : favoriser la transmission d’entreprise et protéger l’intérêt de la ville.
Et c’est pourquoi Malgré le maintien d’une forte fréquentation des marchés lillois le weekend où l’afflux de chalands fait rêver bien des villes, la situation reste fragile. Tout pourrait basculer rapidement vers une dégradation encore plus importante. En effet, est venue s’ajouter à ces problèmes et bien d’autres, qu’ils seraient trop long à inventorier, une absence pendant de longues semaines des receveurs placiers, fonctionnaires du service des halles et marchés en charge de l’organisation matérielle… et de la perception des droits de place. Cette situation, unique dans l’histoire des marchés de plein air lillois, a accentué le chaos organisationnel. Ce vide administratif contribuant à un sentiment général de désordre, de tension entre les commerçants non sédentaires, et jusqu’à une perte de contrôle du terrain. Oui, car lorsque l’on en arrive à se battre entre commerçants, ou des commerçants qui s’auto attribut le domaine public, l’on peut parler de perte de contrôle
Alors il est grand temps d’agir, pour éviter que la situation ne se dégrade davantage. Déjà certains marchés ont disparu de nos quartiers, à l’exemple de Fives le mardi, ou encore place Catinat à Vauban, avenue Verhaeren au Faubourg de Béthune. Attention aussi, à l’illusion d’une résolution des problèmes par le recours à une délégation de service public. Au contraire, Il est impératif de mettre en place les moyens et les effectifs nécessaires au service des halles et marchés, afin d’assurer une présence des placiers en ouverture du marché, durant le marché et en clôture du marché pour regagner et redresser nos marchés lillois avant qu’il ne soit trop tard. Pour permettre, entre autres un renforcement de l’organisation et de l’indispensable présence des fonctionnaires sur le terrain. Pour assurer le respect de la liberté du commerce dans le cadre réglementé des marchés de plein air. Mais aussi pour retrouver la diversité commerciale qui en font le charme. Pour permettre la gestion rigoureuse des déchets. Et également pour gagner la garantie du respect du nécessaire devoir de laïcité sur le domaine public, et cetera, et cetera.
Nous pourrions aussi, par exemple encourager l’instauration d’un label de développement durable similaire à la certification biosphère qui a cours à Barcelone.
Si ces mesures n’étaient pas prises rapidement, Lille pourrait bien perdre une part importante de son identité, et les marchés risqueraient de perdre leur attractivité pour devenir le simple souvenir d’un passé révolu, celui d’avoir été élu le marché préféré des Français.
Je vous remercie.