Intervention de Stéphane Baly sur le budget primitif 2025
Madame le Maire,
Lors du dernier Conseil municipal, pour l’étude du ROB, nous avions convenu du fait que la situation était inédite et instable. Deux mois plus tard, pour l’étude du Budget 2025, convenons que la situation reste toujours instable et inédite. Si un budget a été adopté, l’instabilité demeure à tous les niveaux : pour nous, mais aussi pour nos partenaires. Nous étions comme vous hier à la manifestation de soutien aux clubs de prévention menacés par une décision unilatérale et sans sommation du Département du Nord, qui ajoute de l’instabilité à l’instabilité, et menace les actions entreprises sur notre territoire par des travailleurs sociaux dont nous avons besoin, aujourd’hui plus encore qu’hier.
Car oui, au désengagement de l’État dans les politiques dont il est responsable s’ajoute désormais le désengagement du Département.
Les difficultés qu’éprouvent les associations sont visibles dans de nombreuses délibérations soumises au vote ce soir, par des demandes de financement nettement plus élevées que les années précédentes. On peut se douter qu’il s’agit de tentatives de compenser des pertes subies ailleurs.
Seule « bonne nouvelle » issue du national : les coupes budgétaires finalement imposés à la Ville par l’État seront bien moindres que ceux évoqués à l’automne. Si Lille est moins touchée que d’autres collectivités, convenons que ce budget austéritaire de l’État va impacter fortement les collectivités territoriales qui assurent le service public de proximité dans des conditions déjà dégradées.
Après ces éléments de contexte, revenons au budget de la Ville. Même critique générale qu’au ROB de décembre : il s’agit d’un budget d’affichage. Le taux de réalisation des investissements en 2024 devrait s’établir à 77%, c’était déjà 77 % en 2023 et 74% en 2022. Pour quelle raison en serait-il autrement pour 2025 ? C’est d’autant plus difficile à croire que pour la première fois depuis le début du mandat le budget ne prévoit pas d’augmentation des effectifs. Comment faire plus de projets sans un ajustement des moyens humains ? L’investissement, ce n’est pas que du béton ! Il faut savoir prendre soin de nos agent·es, qui vont en plus devoir subir une nouvelle fois un gel du point d’indice des fonctionnaires, et la diminution de l’indemnisation en arrêt maladie à 90 % de leur salaire, ce que nous déplorons.
Ensuite, nous ne partageons pas certaines orientations qui figurent dans ce budget, et ce depuis plusieurs années, cela ne vous surprendra pas. J’ai commencé mon intervention en déplorant la situation instable dans laquelle les associations lilloises sont plongées. Nous regrettons que l’enveloppe allouée au soutien à nos partenaires associatifs n’ait pas augmentée dans ce contexte. Cela fait des années maintenant que cette enveloppe est gelée, alors que les associations ont subi les effets dévastateurs de l’inflation, et de la hausse des prix de l’énergie. Que vous le vouliez ou non, en euro constant, il s’agit mécaniquement d’une baisse du soutien aux associations. Pas pour toutes les associations, mais nous n’avons dans ce document pas plus de détails sur les fluctuations du soutien à l’ensemble des associations subventionnées. Nous n’avons le droit qu’à la vision très comptable du soutien aux asso, qui ne prend pas en considération les besoins spécifiques exprimés par certaines d’entre elles, et leurs disparités.
Vous nous répondez qu’elles sont soutenues également en nature. C’est majoritairement faux ! Puisque la grande majorité des associations ne bénéficient pas de soutien en nature. Vous nous répondez aussi régulièrement : avec quel argent voudriez-vous les soutenir davantage ? Nous avons fait des propositions que vous n’avez pas retenues, comme la majoration de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, majoration dont vous avez vous-même estimé les recettes à près de 2 millions d’euros.
Permettez-moi également de souligner qu’au-delà des montants, qui sont importants bien sûr, se pose également la question du mode du partenariat avec les associations. Nous déplorons une nouvelle fois que pour les délégations nature et biodiversité, le choix du partenariat se porte quasi exclusivement vers des appels à projet qui, en l’absence d’une convention pour plusieurs années, contribuent à fragiliser les associations. On en vient à considérer les associations environnementales comme prestataire du projet municipal plutôt que comme partenaire. Les autres associations ont conservé des financements qui s’appuient majoritairement sur du soutien à l’activité. Pourquoi ? Nous ne comprenons toujours pas ce régime particulier pour un secteur !
Et au-delà de ce secteur, le soutien aux associations pourrait être renforcé en généralisant, quand cela est opportun, pour des associations bien établies, les conventions pluriannuelles d’objectifs, qui relèvent aujourd’hui du régime d’exception. Tout ne se résume pas à une question de moyens financiers !
Le contexte national difficile dans lequel nous sommes et qui contraint en partie nos décisions doit effectivement figurer dans ce budget. Mais nos mains ne sont pas pour autant liées ! Ne nous exonérons pas d’assumer les choix politiques qui sont faits pour notre ville. La preuve : avec 20 millions d’euros de recettes prévus en 2025, le choix de recourir au stationnement payant généralisé a apporté à la Ville une force financière dont nous pourrions aujourd’hui difficilement nous passer… Un élément à noter dans le document : ce sont seulement 2,2 millions d’euros qui proviennent des abonnements. Preuve que l’abaissement des tarifs solidaires à 1 et 10 euros par mois ne représenterait qu’une perte très limitée de recettes de stationnement. Position qui a l’air d’être partagée par un membre de votre majorité, Roger Vicot pour ne pas le citer, déclarant dans la presse être favorable à la gratuité du stationnement pour les personnes non imposables.
Pour toutes ces raisons, et en cohérence avec nos prises de parole passées et notre intervention lors du ROB en décembre, nous voterons contre ce budget.
Je vous remercie pour votre attention.