Analyse du rapport développement durable 2023

Intervention de Julie Nicolas sur le Rapport développement durable 2023

Mesdames, messieurs, cher.es collègues,

Le débat sur le rapport développement durable a été avancé cette année, et nous nous félicitons d’un débat tenu AVANT que les choix budgétaires ne soient tous opérés. C’est l’occasion de réaffirmer plusieurs priorités et de piloter une trajectoire tout en y apportant les corrections et améliorations nécessaires.

Cependant, pour cela, on doit pouvoir interpréter ladite trajectoire et en conclure sur l’attribution des moyens.

L’année dernière déjà, en évoquant cet épais rapport, qui pour ceux qui ne l’ont pas lu n’oublie aucune conférence, aucun témoignage versé, aucune instance où la ville est représentée, nous pointions la trop grande abondance de données qui donne à voir les coulisses de l’action municipale mais sans en donner le sens. et surtout, surtout, un manque d’indicateurs de suivi.

Si ce choix de l’exhaustivité est louable, il n’est pas pour autant gage de transparence. Nous retrouvons en fin de document quelques données, l’énumération des engagements « à réfléchir » ou engagés sont toujours présents, mais la notion d’évaluation n’a guère plus avancée.

Je voudrais aussi réparer ce qui nous semble être un oubli à travers quelques bonnes pratiques rencontrées au fil des rapports de développement durable :

Et en premier lieu, il est essentiel de ne pas minorer les enjeux sociaux et sociétaux. Le rapport développement durable de la ville de Lille, qui était reconnu pour sa qualité lorsqu’il s’agissait du rapport de l’Agenda 21, peine à s’ouvrir à la diversité des enjeux de développement durable et à rendre compte aux habitants.

Qu’en est-il de l’accessibilité, de l’égalité femmes-hommes, des politiques salariales, des enjeux de l’accueil des lillois.es dans les établissements de la ville de Lille, des actions de solidarité ?

La transition écologique n’est-elle pas le corollaire de la justice sociale ? Ou les deux sont-elles finalement deux pieds sur lesquels chacun marche à cloche pied ?

Ce n’est pas notre vision de l’urgence écologique et sociale d’aujourd’hui, encore plus quand les crises s’accélèrent et se doublent d’une crise démocratique.

Or s’agissant de la démocratie locale, celle-ci ne dispose pas plus d’indicateurs ou d’indications sur la manière dont la transition écologique est partagée et participative. Même le budget d’investissement participatif, hormis quelques exemples comme le fameux « banc d’eau », ne trouve pas sa place. Dans le budget climatique, il est classé comme « indéfini ». Il nous semble pourtant que les lilloises et lillois ont, au fil des années, rivalisé de propositions pour agir sur l’adaptation de notre ville aux changements climatiques, pour la reconquête de la biodiversité, pour réduire les émissions de gaz à effets de serre, mais aussi d’initiatives solidaires. Autant de projets dont l’impact est jugé « indéfini ».

Au contraire nous, cet impact nous semble plus que positif, substantiellement positif, important, et c’est une occasion manquée de féliciter encore les lillois.es pour ces idées et projets, les valoriser, et montrer que nous faisons l’avenir de la ville avec elles et eux.

C’est aussi à cela que sert, selon nous, un rapport de développement durable annuel. À donner à voir ces artisans de la ville de demain que sont les habitantes et habitants.

Revenons sur la question de l’évaluation et de la transparence. L’année dernière, nous demandions des indicateurs qui intègrent pleinement les enjeux de la biodiversité en proposant des indicateurs sur les habitats, sur les linéaires de trame verte et bleue et de corridors de biodiversité. Nous suggérions des indicateurs de sécurisation des pistes cyclables et une cartographie dynamique. Nous appelions à ce que le droit à un environnement sain se traduise également en données et moyens de l’action municipale et résultats quantifiables pour les personnes impactées.

Quelle que soit la qualité de ce rapport on ne peut plus exhaustif – et sûrement lourd et chronophage à établir pour les services, remercions les pour leur travail – le constat est clair : nous manquons d’outils de suivi. Nous manquons d’outils pour mesurer sur chaque axe de la stratégie municipale l’atteinte des objectifs, la progression, le besoin éventuel de moyens supplémentaires, d’un coup de pouce exceptionnel.

Alors cette année nous ne nous contenterons pas de vous proposer des indicateurs de suivi, mais vous proposerons de participer à un groupe de travail qui permettra de mettre sur pied, les indicateurs indispensables pour rendre compte de l’adéquation des moyens mobilisés avec les objectifs fixés, et l’adéquation de ces moyens avec les crises, climatique, de la biodiversité, sociale et démocratique.

Un premier pas sera de réfléchir à l’échelle de chacune des décisions de ce conseil municipal grâce à cet outil qu’est le budget climatique qui, depuis que nous l’avons porté, continue de faire ses preuves et doit continuer à guider nos choix. Bien sûr, il ne pourra pas tout faire, mais c’est la chose la plus évidente à faire lorsque l’on dispose d’un outil : s’y référer systématiquement. A chaque décision. A chaque délibération, en prenant le temps de considérer ensemble ce qui fait de nos choix les choix les plus responsables. Chaque délibération doit mentionner les impacts évités, réduits et compensés, les alternatives examinées.

C’est ainsi que nous donnerons tout son sens à ce débat, quelques mois avant que nous devions présenter un budget pleinement responsable pour les lillois.es d’aujourd’hui et les lillois de demain.

Je vous remercie.