Nathalie Sedou salue la décision de diminuer la subvention à Lille 3000

Initialement, nous voulions simplement saluer le travail mené au Palais des Beaux-Arts, qui est – je le rappelle – un musée municipal. En effet notre conseil décide ce soir d’engager la refonte complète du premier étage, le « cœur emblématique du musée », avec l’ouverture de trois galeries thématiques qui feront écho aux enjeux de notre temps.

L’une sera dédiée à une approche écologique et environnementale des oeuvres, dite « beauté du monde », une deuxième, dite « mondialisations », sera consacrée aux influences culturelles et à la représentation de l’ « autre », une troisième sera accrochée à hauteur d’enfant. Ces 3 galeries seront visibles dès 2026. Nous espérons que cette nouvelle façon de présenter les collections engendrera de nouvelles façons de se rendre au musée, fera venir et revenir les visiteurs locaux.

Deux éléments de contexte inattendus nous incitent à élargir notre propos sur la politique culturelle. D’une part – surprise – vous avez choisi de diminuer la subvention annuelle à Lille 3000, je vais y revenir. D’autre part deux femmes, activistes du climat, ont lancé de la soupe sur la vitre qui entoure le plus célèbre tableau exposé au Louvre. Elles ont posé la question suivante : « Qu’est-ce qu’il y a de plus important ? L’art ou le droit à une alimentation saine et durable ?  » Dans ce conseil où sont soumis à notre vote à la fois :

  • un budget primitif qui dédie à la culture plus du quart du montant des subventions aux associations,
  • la refonte du premier étage du PBA,
  • une motion de soutien aux agriculteurs,
  • une autre aux centres sociaux descendus dans la rue il y a deux jours,

… forcément tout cela fait écho.

« Qu’est-ce qu’il y a de plus important ? » Si la question est posée, c’est bien que les deux comptent, au fond ! Il n’y a pas lieu de choisir et hiérarchiser. On peut penser et même vérifier que celui ou celle qui a enduré la douleur, la misère sera particulièrement sensible à la voir représentée, ou à l’inverse sera particulièrement avide de vivre autre chose par procuration.

C’est justement parce que les temps sont difficiles qu’on a besoin « d’apprendre à se confronter à ce qu’on ne comprend pas ». Je reprends ici les termes d’Eric de Chassey, directeur général de l’institut national d’histoire de l’art invité la semaine dernière au 3e et toujours passionnant workshop du PBA. Ce dernier nous disait voir dans nos rapports aux œuvres d’art, dans la façon de les présenter, un « enjeu de la survie de nos démocraties ». On est loin de la cerise sur le gâteau mais tout près de l’essentiel.

Le PBA regagne du public, s’interroge sur ses pratiques, s’ouvre à l’art-thérapie, repense la façon de présenter ses collections. Cela mérite selon nous de repenser non seulement la médiation mais aussi le mode et tarif d’accès aux collections. De la même manière qu’on peut écouter une chanson en boucle, revisionner un film, on voudrait que les Lillloises, les lillois puissent franchir les portes de leur musée sans attendre le premier dimanche du mois juste pour voir et revoir un instant une œuvre qui leur fait du bien.

Ceci étant dit, puisque l’art compte autant que la sécurité alimentaire, sans hiérarchie, cela aussi nous oblige. Pensons aux collègues, aux associations qui se battent pour obtenir quelques euros de plus pour des actions tout autant essentielles. La manière dont l’argent est dépensé pour la culture mérite doublement d’être observée. Assurons-nous que c’est au bénéfice de la mémoire du monde, de la transmission des savoir-faire, et au profit du plus grand nombre.

Alors regardons de près : la refonte du premier étage du PBA – qui vaut pour les 20 ans à venir – représente un budget moindre que celui d’une seule exposition de quelques mois au Tri Postal. Le Palais des Beaux-Arts est un équipement municipal qui évolue, nous adoptons en conseil son projet scientifique et culturel. C’est un outil de politique publique.

Un outil de politique publique… Peut-on en dire autant de Lille 3000 ? Non. Parce que depuis 20 ans son mode de gouvernance et de gestion n’a pas changé et n’est plus adapté. Lille 3000 est une association qui a tout d’une institution, c’est son problème. Et comme association elle capte – on l’a déjà signalé – 10% du budget municipal global des subventions aux associations, tous secteurs confondus. Mes collègues se sont exprimés sur les difficultés associatives qui ne concernent pas selon nous Lille 3000.

Une association porte le projet de ses membres. Or qui sont les membres de l’association Lille 3000 ? Les deux tiers de son conseil d’administration sont constitués de représentants des collectivités et du monde économique. Au fond Lille 3000 c’est d’abord et avant tout votre projet Madame la Maire. Quand vous avez voulu pérenniser la démarche initiale lancée il y a 20 ans, il ne suffisait pas de changer le nom. Lille 3000 aurait dû prendre la forme d’un établissement public, au moins les choses auraient été claires, l’engagement des collectivités pérennes, les décisions moins opaques.

Une coïncidence certainement, alors que D. Fusillier a quitté ses fonctions en 2023, le conseil régional a décidé en fin d’année de baisser de 20% son soutien à Lille 3000 sur 2023-204-25. Et vous choisissez de baisser de 200.000€ la subvention annuelle à Lille 3000. On connait de meilleures manières d’accueillir et de donner ses chances à son nouveau directeur.

Vous connaissez nos expressions sur le sujet, nous ne regrettons pas cette baisse, qui plus est au regard des produits constatés d’avance dans le budget de la structure, et parce que cette révision est liée à des motifs conjoncturels. En effet il n’y aura pas d’exposition au format habituel à Saint Sauveur cette année. Ces 200.000€ seront affectés ailleurs en 2024, tant mieux si ça vient soulager d’autres associations culturelles, pour l’instant c’est partiellement le cas. Mais qu’en sera-t-il l’année prochaine, avec la saison Fiesta ? Allez-vous revenir au niveau antérieur ? Les augmentations qui ont pu être attribuées cette année à d’autres opérateurs culturels seront-elles maintenues ?

Si nous n’avons pas de de regret, nous sommes conscients de la situation inconfortable de Lille 3000 quant à son rôle et à la nature de son projet associatif. Nous sommes conscients que les mêmes questions continuent à se poser, avec plus d’acuité. De qui émanent les actions de Lille 3000 ? Pourquoi Lille 3000 demeure dans la répétition de ses actions quand on demande à tous d’innover, d’évoluer, de s’adapter, de la moindre association environnementale au PBA ? Pourquoi Futurotexiles 1, 2, 3, 4, 5, 6 ? Pourquoi autant d’argent public dédié à valoriser au Tri Postal le bon goût de riches collectionneurs, comme s’ils avaient besoin de nous pour le faire ? Si demain, la Région, l’Etat, la MEL décidaient de revenir sur leur soutien à Lillle 3000, qui descendra dans la rue pour défendre l’association ? Est-ce logique que la ville de Lille finance 100% de l’animation de la gare Saint-Sauveur par Lille 3000, alors que ce lieu est d’envergure métropolitaine ? Vous voyez, les questions s’accumulent.

Vous l’avez dit Madame la Maire les arrivées et les départs sont nombreux dans les institutions culturelles, pas seulement à Lille mais dans la métropole. Et nous devrions bientôt adopter à la MEL une délibération cadre sur la culture. Enfin dirais-je, car celle qui est en vigueur a 20 ans, elle est obsolète avec son approche événementielle. C’est donc plus que jamais le moment d’organiser un débat public réunissant les parties concernées, à savoir les opérateurs culturels, les artistes, les publics. Ce soir nous appelons de nos vœux à la tenue de ce débat.

Je ne voudrais pas terminer cette intervention sans saluer comme vous Madame la Maire M. Girveau, directeur du PBA et M. Kutniak, DGA culture. Ils étaient pour nous des interlocuteurs précieux car le sens du service public est d’évidence au cœur de leur action. Qu’ils en soient remerciés, ainsi que leurs équipes qu’ils savaient entraîner dans leur mission. Cela ne fait aucun doute pour eux, pour leurs équipes, pour nous, l’art c’est la vie.

Aussi et bien sûr, nous voterons ces deux délibérations.