Renouvellement urbain à Concorde : Frédéric Louchart exprime les inquiétudes de Lille Verte

Madame le Maire, chers collègues,


Avec des revenus médians parmi les plus faibles de France, une surexposition à toutes les formes de pollution, des difficultés avec le bailleur social, un sentiment de coupure avec le reste de la ville et une insécurité prégnante, l’îlot Concorde est un sujet majeur de la politique urbaine lilloise. C’est aussi un classique parmi les grandes déceptions urbaines d’après-Guerre et c’est surtout un enjeu pour celles de l’avenir.


Lille va rejoindre le Green City Accord – dont il a été question tout à l’heure – des villes propres et saines en Europe, recoupant ainsi les problématiques de la qualité de l’air, du bruit et de la qualité des sols, avec l’ambition déclarée de bâtir un quartier à santé positive ; deux intentions louables, oui, mais…
Mais il se trouve que l’avis rendu par l’autorité environnementale met sérieusement en doute la concrétisation de ces intentions pour l’îlot Concorde. Les dispositions envisagées contre le bruit considérable, ainsi que contre les polluants atmosphériques qui émanent de l’A25, sont jugées très insuffisantes dans le cadre d’une protection efficace de la population. Cela nécessite davantage de concertation avec l’État et la Région, propriétaire du foncier, afin d’envisager des mesures réellement
efficaces telles que la couverture de l’A25.


Nous tenons à vous rappeler que l’une de vos promesses de campagne visait le verdissement des entrées de la ville avec, entre autres, « la mise en œuvre d’une couverture partielle des axes routiers entre Moulins, Wazemmes, Lille-Sud et le Faubourg de Béthune ».


Il se trouve également que les normes européennes évoluent dans le sens de villes dites « plus vertes » – on peut s’en réjouir – et que les exigences qui s’appliqueront dans les toutes prochaines années afin de se conformer aux normes de l’OMS vont rendre obsolètes les critères retenus pour les constructions à peine sorties de terre à l’horizon 2024.


Mais s’agissant du relogement, le dossier affiche deux volontés qui peuvent sembler contradictoires : il y a – cela a été rappelé – 100 % de logement social sur le quartier Concorde ; dans le projet qui nous est présenté, il est question de maintenir la population actuellement présente, mais en ne conservant que 30 % de logement social. Cela signifie que 70 % des habitants actuels seront potentiellement déplacés. Pour
reprendre vos termes, il n’y aura donc pas de quartier à santé positive pour eux, mais plutôt des inquiétudes… très fortes : celle d’être mal relogé, dans des bâtiments de mauvaise qualité, éloignés de leur lieu de vie, une anxiété aggravée par le sentiment de n’être pas associés à leur destin, qu’un projet se dessine sans eux, sans elles, sans coconstruction, alors que certains vivent dans ce quartier depuis leur naissance, ils y travaillent, ils s’y engagent, le sentiment de n’être que des pions dans un projet qui les
dépasse, dans l’élaboration d’un nouveau quartier qui sera, au final, construit pour d’autres. C’est à ces habitants que nous nous adressons ce soir, car nous partageons leurs inquiétudes.


De plus, tous ces bouleversements posent la question de l’avenir des services rendus aux habitants :

  • Qu’en sera-t-il de la crèche et de son personnel actuel ?
  • Qu’en sera-t-il de l’implantation des écoles ?
  • Qu’en sera-t-il de la redistribution des locaux associatifs et de la gestion de l’agriculture urbaine.

Des questions auxquelles nous n’avons pas de réponse pour le moment.

Enfin, l’autorité environnementale souligne également l’enjeu de préservation de la biodiversité. Que des espèces protégées soient strictement endogènes ou non ne change pas leur statut d’espèce protégée. La biodiversité doit être prise au sérieux, en cohérence avec les ambitions environnementales affichées. C’est l’esprit des collectifs humains et non humains dans la recherche contemporaine, tout simplement.

Ainsi, ce soir, le groupe Lille Verte souhaiterait que soient véritablement envisagées les possibilités exprimées par l’autorité environnementale pour l’A25, à commencer par sa couverture. La prise en compte des espèces protégées et de la préservation des rangées d’arbres existantes nous semble également primordiale.


Enfin, et nous ne cesserons de le répéter, pour tout projet urbain en cours, il est essentiel d’instaurer un dialogue compréhensif avec l’ensemble des habitants, les conseils d’école, les associations qui se trouvent en première ligne, et dans ce cadre, il est important que soit éclaircie la façon dont seront gérées la nouvelle crèche et l’agriculture urbaine, questions que se posent les habitants et qui restent sans réponse.

Toutes ces questions restant en suspens, nous sommes conduits à nous abstenir.


Je vous remercie.