Plan grand froid : une gestion catastrophique à laquelle il faut urgemment remédier

Monsieur le Maire, mes chers collègues,

Nous voterons, bien évidemment, en faveur de cette délibération. Soutenir les associations qui assistent les plus fragiles sur notre territoire n’est pas seulement un choix budgétaire, c’est un impératif moral. Cependant, cette délibération nous oblige à regarder en face la réalité brutale de l’hébergement d’urgence à Lille et ce qu’il s’est passé durant cet hiver 2026.

Dans le cadre du « Plan Grand Froid », la Préfecture du Nord a ouvert des salles pour mettre à l’abri familles, hommes, femmes seul·es et mineurs isolés. Mais avec l’arrivée de la fin de ce dispositif, la situation est devenue particulièrement éprouvante pour ces personnes. Entre les annonces de fermeture des lieux d’hébergement du jour au lendemain, l’absence de solution de repli et les prolongations de dernière minute, cette instabilité constante a pesé lourdement sur la santé et le moral de chacun.  Ainsi , la fin du plan grand froid a été annoncé pour le 20 janvier, puis le 27 janvier, puis le 30 janvier, et enfin le 3 février…

Ce sursis permanent a eu pour effet des situations intolérables. Le lendemain d’une annonce de prolongation, on leur a dit au réveil : « Changement de programme, vous ne reviendrez pas ce soir ». Les personnes ont été sommées de quitter le gymnase alors que les températures ressenties étaient négatives. Pour finalement revenir le soir même. Le 3 février, c’est à 6h du matin, réveillés par la protection civile, que les jeunes mineurs isolés ont été évacués de la salle du Pré Fleuri. C’est qu’à 9h50, ce même jour, qu’ils apprendront qu’ils sont finalement relogés. C’est une gestion au compte-goutte, de dernière minute, indigne d’une grande puissance publique manquant cruellement d’humanité.

Plus grave encore : lors d’un rassemblement pacifique devant un gymnase, des bénévoles associatifs ont constaté que la salle était en partie vide, avec des lits de camp empilés dans un coin, inutilisés. En réponse, la Préfecture a envoyé la police pour des contrôles d’identité et une évacuation forcée.

Aussi, comment justifier que la Préfecture décide de remettre à la rue six familles sous prétexte que leurs enfants ont plus de 7 ans ? À quel moment avons-nous décidé qu’un enfant de 8 ans était assez grand pour dormir sur le trottoir par -2°C ?

Rappelons également que, lorsque des mineurs non-accompagnés sont venus planter leurs tentes au pied du Beffroi afin de contester cette gestion catastrophique, aucun élu·es de l’exécutif n’est descendu les voir.

Chacun doit prendre sa part de responsabilités. On ne peut plus accepter cette « politique du thermomètre ». Le Plan Grand Froid fait partie des dispositifs d’hébergement d’urgence : la loi impose la continuité de l’accueil. Pourtant, aujourd’hui, la solution par défaut reste l’hôtel pour quelques nuits avant un retour inéluctable à la rue. Quant sera t-il des 14 jeunes hébergés par la Ville de Lille dans un hôtel de Tourcoing jusqu’à mercredi prochain ?

À Lille, nous avons des bâtiments vacants. Il est de notre devoir de les mobiliser pour offrir des solutions pérennes, quelle que soit la saison. L’hébergement ne doit pas dépendre d’une chute de quelques degrés sur le bulletin météo.

Monsieur le Maire, nous avons urgemment besoin d’un plan de relogement pérenne et la fin de cette gestion erratique et inhumaine. Nous demandons que la Ville de Lille utilise tous les moyens à sa disposition, dont l’utilisation de bâtiments vacants, afin que les événements de ces dernières semaines ne se reproduisent plus.

Je vous remercie pour votre attention.