Comité d’éthique de vidéoprotection : pour un·e conseiller·e de quartier tiré au sort et le respect des recommandations de la CNIL

Joe Dabit, Conseillère municipale

Madame le maire, chers collègues,

Le comité d’éthique sera-t-il autre chose que l’arbre alibi qui cache la forêt de caméra ? Autre chose qu’une commission fantôme inutile et inapte à protéger les libertés publiques de la folie sécuritaire ? Ce comité d’éthique, et la charte qui l’accompagne, présentent en effet plusieurs problèmes.

Tout d’abord, deux réunions par an semblent bien peu pour contrôler un système aussi controversé et délicat que celui-ci. Je tiens à souligner ici que ce comité ne doit pas seulement faire de la figuration, mais être réellement actif pour garantir les droits et libertés des Lilloises et Lillois.

Mais comment le pourrait-il alors que la charte ne respecte même pas les préconisations de la CNIL. Vous indiquez en effet à la page 5 qu’une personne qui voudrait avoir accès aux images filmées doit présenter une pièce d’identité officielle. Or, la CNIL précise que cela peut uniquement se faire « si et seulement si, l’organisme a des doutes raisonnables sur votre identité. En revanche, il ne peut pas vous demander des pièces justificatives qui seraient abusives, non pertinentes et disproportionnées par rapport à votre demande.»

Comment le pourrait-il quand vous en nommez vous-mêmes les membres ? Nous avons besoin d’une représentativité plus juste au sein de ce comité. Il doit en effet comprendre un ou une conseillère de quartier qui changera tous les 6 mois ; mais qui sera désigné par tirage au sort et non « désigné alternativement par les présidents des conseils de quartier » comme il est initialement prévu. C’est le sens de nos amendements 2 et 3.

Comment le pourrait-il quand votre politique elle-même pose problème ? Puisqu’on parle d’éthique, nous sommes dans l’obligation de questionner l’éthique du dispositif de vidéo surveillance lui-même.

En effet, la multiplication des caméras dans nos villes soulève une réflexion existentielle sur l’avenir de notre société. La délimitation entre liberté et sécurité est extrêmement fine. Et plus on avance, plus j’ai l’impression que la première perd du terrain sur la deuxième. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller ? C’est la vraie question qu’il faut se poser aujourd’hui.

Alors on va encore me dire « regardez, la vidéo surveillance a permis l’arrestation de deux agresseurs. Cela fonctionne, on a besoin d’en mettre plus. » Mais cette rhétorique est sans limite. Bien sûr, si, par exemple, vous mettez demain des policiers à chaque coin de rues, il y aura davantage d’arrestations. Plus il y a de contrôle, plus il y a d’arrestations. C’est juste logique parce que l’un entraîne l’autre. Cela n’a rien avoir avec l’efficacité du dispositif en lui-même et comme il est mentionné en préambule de la charte, il ne constitue juste qu’un moyen de preuve contre les délits mais il ne les empêche pas.

On ne doit pas décider d’installer ce genre de dispositifs en se basant uniquement sur des chiffres. On doit le faire en étant pleinement conscient des changements que cela apporte dans l’espace public et dans notre société. Il ne faut en aucun cas prendre le développement de ce type de technologie à la légère. Une réflexion beaucoup plus profonde doit être menée.

Je ne suis pas sûre que l’on soit très nombreux à vouloir que la société dépeinte par Georges Orwell dans
son roman 1984 devienne réalité. Attention, big brother vous regarde.
Merci